La Journée mondiale de la Santé mentale

LES VISAGES DE LA VIOLENCE ET DES TRAUMATISMES

MÉDIAS : LA PROBLÉMATIQUE

“Une semaine après l’acte terroriste à New York, Kia (4 ans) a demandé à sa mère quand les avions cesseraient de s’écraser et les bâtiments de tomber. Sa mère l’a rassurée en lui disant que c’était fini. “Non, maman, c’est arrivé encore hier soir et ce matin” répondit Kia. “Mon ange, c’est fini” répondit sa mère en l’embrassant. “Non, viens voir !” insista Kia en montrant à sa mère la scène répétée à la télévision. “Mais c’est le même avion et le même bâtiment. C’était la semaine dernière” lui expliqua sa mère. “Oh !” répondit Kia, convaincue que des centaines d’avions avaient attaqué des centaines de bâtiments”. – What Happened to the World, Bright Horizons Family Solutions

Tous les enfants sont impressionnables. Mais les enfants de moins de 7 ans sont particulièrement influencés par ce qu’ils voient dans les médias. L’expérience de Kia et de sa mère fait la preuve de l’incidence des actualités sur les enfants. Les actualités produisent le stress, l’anxiété, notamment dans les situations où les chaînes de télévision et les sites Internet passent des vidéos détaillées et répétitives et diffusent des manifestations en direct au fur et à mesure de leur déroulement. L’exposition chronique et persistante à ce type de violence produit la peur, la désensibilisation et, chez certains enfants, des comportements agressifs. Les adultes, les parents, les enseignants et les journalistes doivent prendre la responsabilité de protéger les enfants des effets nocifs de l’exposition à la violence, dans les médias : télévision, films, jeux vidéo et Internet.

La violence dans les films et à la télévision est courante. Selon le Center for Media and Public Affairs, les téléspectateurs et les spectateurs de films sont exposés à des

de violence grave toutes les 4 minutes, et la violence même la plus grave est souvent dépeinte comme étant inoffensive ou justifiée. Aux Etats-Unis, les enfants ordinaires voient 100.00 actes de violence à la télévision, dont 8.000 morts d’homme, avant d’avoir atteint 18 ans, signale un rapport du National Institute on Media and the Family.

Plus de 1.000 études et enquêtes scientifiques signalent un rapport simple entre la violence dans les médias et le comportement agressif de certains enfants. L’un des facteurs de la violence à laquelle un enfant est exposé reste le nombre d’heures de télévision que cet enfant regarde. Selon des études allemande et suédoise, les enfants des groupes socioéconomiques défavorisés passent davantage de temps devant la télévision que leurs homologues moyens. En Amérique, les jeunes moyens regardent la télévision 1.023 heures par an contre 900 heures de scolarité. Dans l’ensemble, les enfants les plus à même d’être affectés par la violence dans les médias sont les plus vulnérables.

INCIDENCE DES MÉDIAS SUR LE DÉVELOPPEMENT

Six groupes médicaux importants aux Etats-Unis (American Academy of Pediatrics, American Academy of Child & Adolescent Psychiatry, American Psychological Association, American Medical Association, American Academy of Family Physicians et American Psychiatric Association) signalent les effets suivants de la violence dans les médias sur les enfants :

• Comportement agressif et anti-social accru.
• Désensibilisation à la violence et à ses victimes.
• Vision d’un monde violent et cruel, crainte accrue d’en être victime.
• Appétit accru de violence dans les spectacles et la vie réelle.
• Vision de la violence à titre de moyen acceptable pour régler les conflits.
(US Congressional Public Health Summit, 2000)

Selon des études effectuées au Canada, les enfants sont beaucoup plus agressifs deux ans après l’introduction de la télévision dans les communautés. Selon ces mêmes études, les enfants qui préfèrent les émissions violentes regardent toujours davantage de spectacles violentes en vieillissant, d’où une incidence décuplée de la violence sur eux (Media Awareness).

Selon d’autres études canadiennes, les enfants sont plus à même d’imiter l’agression lorsque son auteur est récompensé, ou n’est pas puni, et lorsque la violence est présentée comme étant justifiée. Selon les études interculturelles réalisées en Australie, en Finlande, en Pologne et aux Etats-Unis, les enfants s’identifient aux personnages télévisés et leur perception du réalisme des émissions est liés à leur degré d’agressivité. Plus les émissions, selon les enfants, sont réalistes, plus les personnages leurs ressemblent, plus ils tenteront de reproduire leur comportement (Health Canada).

La télévision et les films sont certes influents, mais selon de récentes études, les jeux vidéo violents sont encore plus nuisibles pour les enfants. Soixante à quatre-vingt dix pour cent des jeux vidéo les plus prisés ont des thèmes violents. Selon deux études d’APA, la pratique de jeux vidéo tels que « Doom », « Wolfenstein 3D » ou « Mortal Kombat » augmenteraient les idées, les sentiments et les comportements agressifs des joueurs, en laboratoire et dans la vie réelle. Ces jeux sont interactifs et prenants, ils exigent donc que le joueur s’identifie à l’agresseur.

Incidences selon les étapes du développement

Bien que certains effets de la violence dans les médias englobent tous les âges, d’autres sont spécifiques à certains âges selon l’étape du développement, selon Media Awareness Network au Canada.

Nourrissons et tout-petits: Aucune recherche ne s’est axée spécifiquement sur les nourrissons, toutefois selon certains éléments de preuve, si les comportements télévisés sont présentés avec simplicité, les nourrissons sont en mesure de l’imiter. Les nourrissons deviennent des tout-petits, ils s’intéressent davantage à la télévision et imitent ce qu’ils voient. Les schémas d’écoute des tout-petits influeront sur eux tout au long de leur vie. Puisqu’ils préfèrent des dessins animés et des émissions où les personnages sont vifs, les tout-petits seront sans doute plus exposés à de nombreuses émissions violentes.

Enfants d’âge pré-scolaire: A la maternelle, les enfants commencent à rechercher activement la signification de la teneur des émissions, mais ils restent attirés principalement par les effets de production. Ces effets spéciaux accompagnent souvent la violence à la télévision, les enfants d’âge préscolaire sont donc prédisposés à rechercher et à accorder une grande attention à la violence, notamment la violence dans les dessins animés. Ils ne sont sans doute pas en mesure de donner un contexte à la violence puisqu’ils n’ont pas les aptitudes de développement de repérer les subtilités des facteurs atténuants.

Enfants d’âge scolaire: L’école élémentaire constitue une période critique pour comprendre les effets de la télévision sur l’agression. Ces enfants acquièrent l’attention et les capacités cognitives pour suivre les intrigues, tirer le sens insinué des émissions et reconnaître les motivations des conséquences des actions des personnages. A l’âge de huit ans, les enfants sont d’ordinaire plus sensibles aux influences modératrices des émissions de télévision et ne deviennent pas plus agressifs s’ils voient la violence dépeinte sous un jour négatif. Toutefois, ils sont plus à même de devenir agressifs s’ils sont amenés à croire que la violence reflète la vie réelle, s’ils s’identifient à un héros violent ou s’ils ont des rêvasseries agressives (Media Awareness Network).

Adolescents: A l’adolescence, les enfants sont en mesure de raisonner, de penser de façon abstraite, bien qu’ils investissent rarement un réel effort de réflexion dans l’écoute de la télévision. Les adolescents au lycée sont plus à même que des enfants d’un plus jeune âge de douter de la réalité des émissions de télévision et, encore moins, de s’identifier aux personnages télévisés. Le petit pourcentage de deux qui continuent à croire à la réalité de la télévision et qui s’identifient avec ses héros violentes sont ceux qui seront plus à même d’être agressifs, tout particulièrement s’ils continuent à rêvasser sur des thèmes agressifs-héroïques.

STRATÉGIES D’INTERVENTIONS COURONNÉES DE SUCCÈS

Condition parentale:
Les parents sont les meilleurs arbitres des spectacles que regardent leurs enfants. Ils peuvent également influer sur ce que leurs enfants apprennent dans les médias en discutant des émissions avec eux, par le type de punitions auxquelles ils ont recours et les modèles de rôles qu’ils représentent lors du règlement des conflits.

Emissions ayant une incidence sur la culture sociale d’ensemble:

Le Media Violence Network s’axe sur la nécessité de proposer des émissions prenant en charge l’incidence, sur la culture générale, de la promotion de l’agression. Le réseau présente les résultats de la recherche relevant la préférence pour des médias violents, associée aux tendances existantes de comportement agressif et antisocial, ce qui produit un niveau élevé de comportements agressifs à l’enfance et à l’âge adulte.

“Un monde juste, pacifique, où tous les enfants reçoivent l’ amour, les soins et l’affection dont ils ont besoin pour bien démarrer dans la vie, où ils reçoivent une éducation de base, de qualité et où, à l’adolescence, ils peuvent développer leur potentiel, dans un environnement sûr et protecteur qui les aide à devenir des citoyens prévenants et productifs. C’est le monde que les enfants méritent et qu’en qualité d’adultes nous avons l’obligation irréfutable de créer”

La déclaration Nous, les Enfants, décrit ainsi ce monde idéal

Selon le Center for Media Literacy, la violence dans les médias a une incidence profonde sur la société et nous appelle vivement à prendre la responsabilité de la culture que nous créons et que nous transmettons à nos enfants. Il s’agit de l’industrie des médias : auteurs, producteurs et chaînes de télévision, publicitaires et parents. A titre d’outil pour réaliser cette réforme, le Centre a mis au point un dossier de ressources éducatives communautaires : « Beyond Blame: Challenging Violence in the Media » (Au-delà des fautifs : remettre en question la violence dans les médias).

De récentes initiatives de l’UNICEF se sont axées sur les ateliers médiatiques. Des documents encourageant l’élaboration d’une société plus juste et plus attentive ont été distribués dans ces ateliers, dans divers pays : Albanie, Inde, Kenya, Malawi, Mozambique, Népal, Roumanie, Sri Lanka, Asie de l’Est et Pacifique Sud. En 1996, l’International Save the Children Alliance a présenté des concepts au comité sur les droits de l’enfant, pour une série de directives des médias axées sur les enfants et destinées aux journalistes, aux publicitaires, aux ONG et aux autres organisations s’occupant des enfants. Des médiateurs norvégiens ont pris la direction du projet Oslo Challenge, en collaboration avec des professionnels des médias, pour dresser un guide de mise en œuvre sur les Médias et les Enfants.

Au début de cette année, des représentants des grandes chaînes de télévision de la publicité, des secteurs public et privé et des organisations de la société civile de la région de l’Asie de l’Est-Pacifique sont convenus, et ont adopté, des recommandations concernant la télévision de qualité pour les enfants. Citons parmi ces recommandations, qui seront diffusées largement dans toute la région et lors du quatrième Sommet sur les médias des enfants, qui se tiendra à Rio de Janeiro en 2004 :

• Informer les producteurs d’émissions de qualité des problèmes de droits des enfants et les encourager vivement à incorporer ces questions dans les émissions qu’ils produisent déjà.

• Encourager, et veiller à, la participation authentique des enfants et des jeunes dans la production d’émissions de qualité pour les jeunes.

• Adopter des médias intégrés pour garantir une portée et une pertinence maximales.

• Appuyer des ateliers de formation et de production professionnelle et de techniques expression orale, ainsi que des programmes d’échanges destinés aux producteurs des émissions pour les jeunes des pays en développement et de leurs homologues des pays industrialisés (UNICEF).

L’on trouve, certes, des programmes couronnés de succès dans toutes les régions du monde, mais en qualité de citoyens adultes du monde, il nous reste beaucoup de chemin à parcourir pour rendre notre monde favorable aux enfants. Les stratégies décrivant comment vous pouvez appuyer la création de ce monde figurent au chapitre suivant.

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